Asphodel – Louise Le Bars

Lorraine Diaz-Caneja

Lorraine Diaz-Caneja

Lorraine Diaz-Caneja est née mi-humaine, mi-rêveuse, avec un livre dans la main. Passionnée de littérature, de cinéma et de photographie, elle refait surface de temps à autres dans le monde réel pour voyager et remplacer les mots et les images par des paysages.

Après Le Prince Sans Sourire et Vert-de-Lierre, Louise Le Bars nous emmène dans le monde des vampires avec Asphodel, publié chez Noir d’Absinthe dans la collection Onyria en 2020.

Asphodel, poète macabre qui aurait volontiers eu sa place dans l’imaginaire d’Edgar Allan Poe, se confesse auprès de ses lecteurs, avouant non sans une certaine délectation les crimes commis à l’encontre des femmes qui ont marqué son existence. Toutes auront été différentes et chacune d’elles aura laissé sa marque sur le narrateur, comme il aura laissé la sienne dans le creux de leur cou. Ses victimes reposeront à jamais dans les pages de son roman comme autant d’épouses dans le cabinet de Barbe-Bleue.

Nous sommes entre la fin du XVIIIème et du XIXème siècle et l’époque a toute son importance : c’est la période du Romantisme, de la parution du Dracula de Bram Stoker et du règne de la terreur de Jack l’Éventreur… Et l’on retrouve un peu de tout ceci dans Asphodel. Le narrateur nous fait voyager de rues sombres en salons, nous invitant à côtoyer courtisanes et comtesses, à prendre part au raffinement et à la dépravation.

Asphodel est un personnage intrigant. Derrière le narcissisme, se trouve un être torturé, à la fois bourreau et victime. C’est un mélange doux-amer, qui n’est pas sans rappeler le duo formé par Lestat et Louis dans Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, les deux versants étant ici réunis en un seul corps. La narration est à la première personne, invitant le lecteur à être le témoin direct des histoires qui lui sont contées.

Les grands codes du vampirisme sont présents (un être éternel, dangereux séducteur traquant ses victimes et se repaissant de leur sang) et s’entremêlent à des éléments plus modernes et innovants donnant au roman une touche personnelle et sortant le lecteur des sentiers battus. Si Asphodel reste un être profondément amoral, se jouant de l’humanité et capable des pires atrocités, il n’en demeure pas moins un personnage envoûtant. Tantôt Asphodel, tantôt Aristide, Arsène ou encore Asmodée, il se fond dans le décor de la société à laquelle il appartient momentanément. Derrière lui, l’écrivaine maîtrise les mots avec art pour nous transmettre son histoire. Les dialogues sont rares, permettant ainsi de garder le flot poétique de la narration. L’horreur y est décrite avec la plus grande élégance.

Le nom du protagoniste n’est certainement pas laissé au hasard non plus puisque l’asphodèle est une plante associée à la mort dans la mythologie grecque, le pré de l’Asphodèle étant le lieu où séjournent les âmes des défunts.

Il ne faut pas s’y méprendre : bien qu’Asphodel soit un roman relativement court (à peine plus de 200 pages), c’est surtout un puissant concentré de poésie teintée d’obscurité. Tout est dit (et joliment dit) en allant à l’essentiel.

Ce roman plaira aux amateurs d’histoires de vampires, mais séduira également les autres, étrangers au genre, par la beauté de sa prose.

Louis Le Bars sera présente au Festival Etrange-Grande les 17 et 18 septembre 2022. Une parfaite occasion de la rencontrer et d’en savoir plus sur son oeuvre.

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